Hubert Reeves

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Le drame des réfugiés climatiques

Publié le 20 avril 2014 dans Le Point.fr

Avant la conférence sur le réchauffement climatique, Hubert Reeves rappelle la responsabilité des pays riches et fait valoir le principe pollueur-payeur.

Inondations en Indonésie
Des inondations en Indonésie, en mai dernier. © ADEK BERRY / AFP

Je m'étais engagé à des billets de bonne humeur, mais des exceptions ne sont pas interdites ! En décembre 2015 aura lieu, à Paris, la 21ème conférence internationale sur le réchauffement climatique et ses redoutables conséquences pour l'avenir de l'humanité. Les précédentes ont eu des résultats plutôt décevants : si les engagements ont été minces, les suites données l'ont été encore davantage.

Il est bon ici de rappeler à ce sujet une situation particulièrement dramatique, celle des réfugiés climatiques. À cause de la montée du niveau des océans, des dizaines de milliers de personnes, vivant dans des contrées de basse altitude, assistent impuissantes à l'inondation de leurs territoires et à la salinisation de leurs terres devenant alors improductives. Ils sont contraints de quitter leurs habitations et de chercher refuge sur d'autres territoires.

Il s'agit en particulier d'îles comme Fidji et Tuamotu dans le Pacifique, les Maldives dans l'océan Indien, l'archipel des San Blas dans l'Atlantique. Il s'agit aussi du Bangladesh : ce plat pays est un delta souvent sinistré par des inondations à répétition, et des millions d'habitants devront être évacués d'ici quelques dizaines d'années. Et, à plus long terme, des villes comme Venise, Londres et New York seront concernées. Le réchauffement climatique a des répercussions prévisibles même en France, où les risques de submersion marine de zones côtières sableuses sont à craindre (en Aquitaine, par exemple). Mieux vaut anticiper et ne pas urbaniser le littoral, sinon il faudrait ensuite trouver des lieux de repli…

Les pays pauvres, victimes de la pollution des riches

Partout où le problème se pose déjà, des résistances se font sentir de la part des occupants des territoires vers lesquels se tournent les migrants. On peut s'attendre à des luttes analogues au conflit israélo-palestinien. Les causes de ces inondations sont à rechercher du côté du réchauffement climatique, lui-même provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, principalement le gaz carbonique, provenant surtout de la combustion d'énergies fossiles (dans les moteurs des véhicules de transports terrestres et aériens), et de la déforestation. C'est dire la responsabilité des pays riches ! Car, de surcroît — il faut le savoir —, la contribution des pays pauvres à l'effet de serre est tout à fait négligeable : celle du Bangladesh, par exemple, est inférieure à 1 % !

Éloignés de nous géographiquement, ces drames nous touchent et nous impliquent de près : notre pollution fait le tour de la Terre et jette en exil des gens habitant aux antipodes ! Que pouvons-nous faire devant cette situation ? D'abord connaître et reconnaître notre responsabilité directe. Se contenter de demander pardon apaiserait à bon compte notre conscience. Mais ce serait vain et futile, sauf si des actions majeures accompagnent ces pieuses paroles. Telle que mentionnée au début de cet article, la prochaine conférence climat aura lieu à Paris l'an prochain. Il m'a paru important de nous rafraîchir la mémoire sur notre implication dans ces drames. Faire valoir ici le principe pollueur-payeur. Mettre la pression sur les autorités politiques pour accueillir ces réfugiés et compenser le tort que nous leur faisons. C'est notre devoir d'humanité.