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On n’est jamais à l’abri du passé

Publié le 10 mars 2017 dans Le Point.fr

En 1932, 37 % des Allemands votent pour le parti nazi sans imaginer les conséquences de ce choix. Si le risque aujourd’hui est faible, il n’est pas nul.

Adolf Hitler à Nuremberg en 1933
Adolf Hitler à Nuremberg en 1933. © dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance/AFP

Alors que son coup d’État de 1923 a échoué, Hitler décide de conquérir le pouvoir par les urnes. Il donne à son parti une apparence respectable. En 1932, 37 % des Allemands font de lui un homme politique incontournable. Le Parti national-socialiste des travailleurs allemands fait que son Führer est en mesure d’imposer ses vues alors que la situation économique et le chômage continuent à frapper le pays. Son talent d’orateur continue à conquérir les foules. En 1933, Hitler est nommé chancelier du Reich. En 1934, le président du Reich meurt. Hitler est plébiscité et détient tous les pouvoirs. On sait ce qu’il en fit.

L’aspiration au changement était forte. Le parti nazi promettait une sortie de crise. Les promesses adaptées aux différentes catégories sociales (agriculteurs, hommes d’affaires, retraités) donnaient de l’espoir. Plusieurs personnes avaient pourtant mis en garde contre les risques d’une telle aventure. Mais plus nombreux étaient ceux qui ne se sont pas méfiés. Il paraissait sans doute impossible qu’une des nations les plus civilisées de la planète puisse perpétrer les horreurs qui se sont succédé : déportations, camps d’extermination et fours crématoires.

Imprévisible

Le film Les Damnés de Visconti illustre bien les étapes de la lente acceptation de cette situation par ceux qui y ont trouvé leur profit, convaincus de pouvoir y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard…

Le risque aujourd’hui n’est pas grand de revoir de telles histoires se reproduire. Mais personne ne peut prévoir comment un choix à risque peut se détériorer postérieurement. Les humains sont capables des pires horreurs. ll n’y a pas de déchéance, si dégradante soit-elle, que certains ne puissent atteindre.

On n’est jamais à l’abri du passé.