Hubert Reeves
répond aux questions
de Bahgat Elnadi et Adel Rifaat
Dans cet entretien, Hubert Reeves répond aux questions habituelles sur son
rôle de vulgarisateur, sur ces quinze milliards d'années passées,
l'évolution et la pyramide de la complexité.
Son hommage à Darwin lui permet d'introduire une notion qui lui est chère:
le hasard. Aujourd'hui, on pense que « nécessité »
et « hasard » sont
indissociables". Il est important de rapporter l'exemple qu'il propose :
« … nous sommes sur Terre, aujourd'hui, cinq milliards d'êtres humains,
tous soumis aux mêmes lois physiques – et pourtant tous différents
les uns des autres. Le fait que nous ayons chacun notre personnalité, notre
histoire, notre destin propre, montre bien que les lois de la nature, pour
contraignantes quelles soient, font une large place au jeu, à
l'imprévisible, c'est-à-dire, en définitive, à la liberté ».
Pour les hommes, comme pour les cristaux de neige, ou pour les papillons, la
« nature » agit de la même façon … d'un côté,
elle organise la matière en imposant ses lois ; de l'autre,
elle brise la mortelle monotonie de l'ordre
en laissant un espace au hasard, terreau de la diversité.
Depuis quelque temps déjà, Hubert Reeves estime que la science n'a pas de
vertu exclusivement bénéfique … et appelle à
« en surveiller l'évolution et les applications ».
La répartition très inégalitaire des richesses dans le monde est une
préoccupation qu'il exprime souvent. Il considère que trouver les bases
d'une solidarité, d'une justice, qui réconcilient les hommes est un
préalable à la réconciliation de l'humanité avec la biosphère.
Et il en appelle à une mobilisation.
« Je parle bien d'une lutte pour la survie » précise-t-il avec insistance.
Et s'il évoque « des instances de décision internationales » ...
« il faut aussi éviter les dangers d'une sorte de gouvernement mondial,
d'une puissance sans contrepoids, qui deviendrait très vite redoutable » …