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Article paru dans
Vivre autrement Nº 1, © Benoît Reeves
■ Propos recueillis par Françoise KLEIN
Après nous avoir fait rêver des étoiles, ce pédagogue hors pair veut nous remettre les pieds sur terre :
conserver la grande variété des espèces qui peuplent notre terre est une condition de notre survie. Interview.
Vivre Autrement : Pourquoi défendez-vous la biodiversité ? Hubert Reeves :
Il est important de ne pas perdre de vue d'où nous venons, toute la succession d'événements qui,
depuis le Big bang initial, ont eu pour effet que nous soyons là, vous et moi…
Notre existence est à la fois le résultat de l'évolution
et actuellement directement tributaire des autres espèces, végétales et animales.
Nous sommes avec elles menacées par l'érosion de la biodiversité.
Le réchauffement climatique renforce les risques…
Devant ces constats qu'il est de plus en plus impossible d'ignorer, se mobiliser est devenu la seule attitude responsable. Quels sont les objectifs des assises de la biodiversité ? H. R. :
Quand un bateau est en perdition, les petites querelles entre les membres d'équipage sont oubliées.
Quand un péril menace, on ne demande à personne sa carte de parti,
ses idées sur tel ou tel sujet, la solidarité l'emporte.
Quels sont les dangers de la chasse telle qu'elle est pratiquée actuellement ? H. R. :
La chasse recouvre des réalités différentes et il faut savoir de laquelle on parle.
Il faut de plus ajouter que ce n'est qu'une des activités qui peuvent nuire à la biodiversité. Hubert Reeves
Astrophysicien Président de la Ligue ROC 26, rue Pascal 75005 Paris Sites : roc.asso.fr biodiversite2007.org Notre Ligue ROC s'est attachée à faire respecter par les voies de la justice administrative les périodes de reproduction des oiseaux et obtenu, avec la LPO et France Nature Environnement, qu'on ne chasse plus les oiseaux d'eau à partir du 14 juillet… la biologie des espèces doit primer. Mais on chasse des espèces dont les populations déclinent. Et c'est donc un critère qui n'est pas pris en compte comme il conviendrait. À chaque fois je pense au pigeon migrateur américain qui existait par milliards d'individus et dont il n'existe plus aucun survivant tant l'espèce fut chassée. Lorsque le tir fut interdit, il était trop tard pour enrayer l'extinction. Bien sûr, on ne chasse plus au canon comme ce fut le cas pour cette tourte (autre nom du pigeon migrateur) mais cela montre qu'il faut savoir, à temps, soustraire à la chasse des espèces en déclin.
Nous avons une maison commune : la Terre
Pouvons-nous défendre l'environnement dans notre vie quotidienne ? H. R. : Une goutte d'eau épargnée par chacun des 60 millions de Français, cela fait un beau volume. Et si c'est un litre épargné par chacun de ceux qui se brossent les dents sans laisser couler l'eau, ça devient important. Oui, chacun peut participer à économiser des ressources naturelles… en même temps le porte-monnaie s'en portera mieux. Les dépenses sont évitées aussi en renonçant à des produits nocifs pour le jardinage ou l'entretien de la maison. Pareillement, des économies s'accumulent en redécouvrant la marche pour aller chercher le pain quotidien ou conduire les enfants à l'école quand elle n'est pas trop loin… Et c'est bon pour la santé de tout le monde. Bien sûr, ces bonnes habitudes dans la vie privée sont excellentes. Il faut néanmoins que des dispositions d'esprit identiques
entraînent des changements de comportements des décideurs économiques et politiques,
de tous ceux qui, sans toujours s'en rendre compte, agissent à la légère… L'avenir de la planète est-il en danger ? H. R. :
La planète elle-même n'est pas en danger : elle continuera de tourner autour du Soleil.
Ce sont ses habitants qui le sont.
Et on n'a pas de planète de rechange, de Terre-bis…
En aurait-on une que le déménagement des Terriens serait impossible à organiser. Quelles leçons tirez-vous de l'observation des cieux dans votre perception des enjeux de la biodiversité ? H. R. :
La vie s'est installée sur notre planète.
Elle s'y est développée sous de multiples formes et pour le moment, c'est, à notre connaissance,
la seule qui dispose des atouts nécessaires pour que l'aventure humaine continue. Comment concilier respect de l'environnement et développement économique ? H. R. :
Se soucier de l'avenir suppose un progressif, mais rapide renoncement à des énergies fossiles.
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