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Article paru dans
Directsoir Nº 129, EXCLUSIVITÉ
INTERVIEW
HUBERT REEVES
![]() © A. POILLEUX/CIEL ET ESPACE «La vigilance est de mise»L'astrophysicien, amoureux de la nature, attend des candidats à l'élection présidentielle une prise de conscience des menaces qui pèsent sur la biodiversité. Le site Biodiversité 2007 invite les internautes à proposer la mesure environnementale qu'ils souhaiteraient voir adopter. Pourquoi cette initiative ? Il me semble qu'il ne sera plus possible de gouverner sans faire participer le citoyen aux décisions. Je veux y voir un regain d'intérêt pour la politique et cela me rassure car s'occuper des affaires de sa commune, de son pays, du monde, est une nécessité. Existe-t-il, sur les questions d'environnement, un décalage entre les politiques et les citoyens ? D'abord il y a des difficultés pour les citoyens à s'informer de la réalité des enjeux environnementaux. Les politiques sont aussi des citoyens et vraisemblablement ils ont, eux aussi, des difficultés à prendre en compte les réalités scientifiques et le long terme. Comme toujours, il y a des gens qui s'informent aux meilleures sources. Qu'ils soient citoyens ou politiques. L'environnement est-il un des enjeux des prochaines élections ? Il n'est pas le seul et c'est bien compréhensible. La peur du chômage, les difficultés de tout ordre vécues individuellement occultent les problèmes de l'espèce humaine confrontée au dérèglement climatique et à la perte de biodiversité. “La perte de biodiversité Après l'annonce de non-candidature de Nicolas Hulot, le soufflé semble être un peu retombé. L'environnement est-il sorti de la campagne ? Pas complètement retombé et pas pour longtemps. Après l'élection présidentielle, viennent les législatives et, l'an prochain, il y aura les municipales. L'environnement ne va pas se faire oublier. Les nombreuses associations qui s'en occupent ne sont jamais muettes et les périodes électorales mobilisent leurs membres.
Presque tous les candidats ont signé le pacte de Nicolas Hulot. Êtes-vous rassuré quant à leurs intentions ? La vigilance est de mise. Signer est un acte positif mais insuffisant. Il sera, selon moi, difficile de ne pas respecter la signature apposée. Il faudra même aller au-delà. Comment qualifieriez-vous le regard que portent les candidats à la présidentielle sur la biodiversité et plus largement sur l'environnement ? Autant les problèmes climatiques mobilisent, autant la perte de biodiversité indiffère beaucoup trop. Si l'essor de l'humanité a eu lieu au prix d'une exploitation intense des ressources issues du vivant, cette aventure humaine ne pourra se poursuivre si les ressources manquent, ce qui est en passe d'arriver. Il est pourtant aisé de se persuader que conserver la biodiversité, c'est surtout assurer la pérennité de l'humanité. Pour cela, il faut conserver le potentiel d'évolution du monde vivant partout et pas seulement en des sites prestigieux. Cela exige, par exemple, des politiques d'aménagement du territoire, des politiques agricoles respectueuses de la nature. Or nous avons entraîné nos agriculteurs dans une voie dangereuse. Il est plus que temps d'en changer… Pouvez-vous, à votre tour, compléter la phrase du site Biodiversité 2007 «En 2007, je souhaite que la majorité issue des urnes»… Constatant que retirer l'or d'un site ruine le milieu vital des Amérindiens, «renonce à autoriser l'orpaillage là où les peuples autochtones n'en veulent pas». Repères
PROPOS RECUEILLIS PAR BENJAMIN FRANÇOIS
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